(Ce texte est soumis à la discussion de tous les membres de Démocratie 2012 et tous les internautes. Au stade actuel, il n’engage pas l’association Démocratie 2012 ni, bien sûr, François Hollande)

Paris, le 18 janvier 2012.

 

1. Les jeunes sont paraît-il au cœur de votre programme. Comment nos enfants vivront-ils mieux s’ils doivent payer la dette publique que nous accumulons ?

Depuis des années les déficits augmentent, en particulier sous les gouvernements Sarkozy (500 milliards en 4 ans). En plus, la dette n’a pas servi à investir dans des dépenses d’avenir comme les grandes infrastructures ou la recherche mais pour couvrir des dépenses de fonctionnement d’un Etat appauvri par les cadeaux fiscaux : bouclier fiscal, baisse de l’ISF, exonération des grosses successions, innombrables niches fiscales sans efficacité économique et…les intérêts de la dette ! Il faut bien sûr arrêter d’accumuler cette dette improductive. Cela passe par une hausse des recettes de l’Etat grâce à l’abolition des privilèges fiscaux et à une réforme de la fiscalité pour améliorer son efficacité économique tout en investissant entre autres dans l’éducation.

2. La crise économique est dure et elle dure. Bien des pays d’Europe sont ou seront en récession, on ne peut plus augmenter les impôts et c’est la BCE qui décide de notre politique monétaire. On semble être le dos au mur ! Quelles mesures concrètes prendrez-vous si vous êtes élu ?

C’est vrai, la crise économique est dure, pas seulement en France. Mais la France, deuxième économie d’Europe, a une croissance plus faible que l’Allemagne, un chômage et une dette en hausse, un commerce extérieur très déficitaire. Mais la BCE, si elle est notre autorité monétaire, n’est pas notre autorité économique. Et si l’Europe et bien d’autres traités internationaux nous encadrent, il nous reste des marges de manœuvre.
Nous voulons d’abord une politique fiscale juste pour les contribuables et efficace pour l’économie. Supprimer toutes les niches fiscales injustes et improductives, alléger l’impôt pour les PME et pour les entreprises qui investissent et créent de l’emploi, c’est du concret.

Ensuite, le contrat intergénérationnel favorisera l’insertion des jeunes dans le monde du travail grâce au transfert d’expérience professionnelle des seniors vers eux. Développer la démocratie sociale vient en trois car notre pays connaît trop de réglementations imposées par l’Etat tout seul. Or les partenaires sociaux, connaissent de l’intérieur la vie des entreprises et leurs besoins et peuvent s’accorder sur des problèmes cruciaux. Leur redonner la parole dynamisera la vie des entreprises et favorisera la motivation de l’ensemble des salariés.

Enfin il nous faut une banque publique qui aide vraiment les PME dont le développement est aujourd’hui freiné par les banques classiques,. Voilà 4 mesures concrètes pour remettre le train sur les rails.
Avant la création de l’euro, un Pacte de stabilité et de croissance a été signé, qui prévoyait clairement des obligations communes pour empêcher les économies de la future zone Euro de diverger. Il n’ a été respecté ni par la France ni par l’Allemagne. On a ainsi creusé l’écart entre les politiques budgétaires des Etats membres.
Avec la crise financière nous ne pouvons plus nous payer ce genre de fantaisies. Mais ce n’est pas la fabuleuse « règles d’or » qui malgré son nom ne vaut pas plus cher que les engagements précédents, qui va nous sauver :
ll faut donc avancer dans la coordination des politiques économiques et budgétaires de la zone Euro mais aussi de l’Union Européenne à 27 ou à 28. Il s’agit, sans perdre notre souveraineté, de faire que tous les pays de la zone Euro tirent dans le même sens pour assurer un développement robuste et soutenable de leurs économies. Nous voulons renforcer rapidement l’action du Parlement européen, élu démocratiquement, pour contrôler le Conseil et la Commission. Cela peut se faire dans le cadre actuel des traités européens.

3. J’ai commencé à travailler très tôt, j’ai cotisé le nombre d’années nécessaires mais je ne peux pas partir en retraite à 60 ans. Qu’allez-vous faire ?

Pour tous les gens dans votre situation, il faudra revenir à la retraite à 60 ans. De toute façon, il faudra revoir la réforme des retraites, bien sûr en tenant compte de l’allongement de la durée de vie et donc de la durée des cotisation mais aussi en faisant contribuer les revenus financiers dans le financement des retraites.

4. Faut-il s’acharner et dépenser des milliards en pure perte, pour maintenir la Grèce ou d’autres pays peu compétitifs dans la zone euro ?

La Grèce et d’autres pays européens sont en difficulté parce que leurs dettes sont trop lourdes pour leurs capacités budgétaires, comme d’ailleurs la France qu’une agence a décoté. Les aider, c’est faire preuve de solidarité européenne mais aussi répondre à nos intérêts bien compris.
Depuis le début de la construction européenne en effet, des liens multiples se sont tissés entre les peuples et les économies de l’Europe. La solidarité a toujours été au cœur de cette construction avec un principe directeur : amener les régions les moins développées et les plus pauvres au niveau moyen du développement européen. La France elle-même en a beaucoup bénéficié. Laisser tomber la Grèce ou le Portugal au moment où ils ont besoin pour une période limitée d’un vrai soutien serait manquer à ce principe fondateur.


D’autre part l’Europe, c’est aujourd’hui un marché unique et pour 17 pays une monnaie unique. Cette Europe a une économie plus puissante que celles des Etats- Unis, un meilleur commerce extérieur et une dette moins forte. Sa monnaie unique la protège depuis des années contre l’inflation qui détruit l’épargne des classes populaires. Laisser la Grèce, l’Espagne ou le Portugal sans soutien, cela veut dire couler l’Euro avec des conséquences catastrophiques pour la France. Par exemple si on revenait au franc, celui-ci perdrait aussitôt de sa valeur et la dette française qui est contractée en euros deviendrait aussitôt écrasante. Soutenir la Grèce, c’est sauver notre monnaie unique et le marché unique. Cela ne veut pas dire que les spéculateurs doivent être absous ni les créanciers privés dispensés d’assumer les risques financiers qu’ils prennent.

5. Je fais partie de la classe moyenne, payerai-je encore plus d’impôts si François Hollande est élu ?

Notre fiscalité est aujourd’hui trop injuste après 5 ans de sarkozysme. L’impôt sur la fortune a été allégé, les droits de succession qui n’étaient plus payés que par les plus fortunés ont été fortement réduits. Les niches fiscales ont été multipliées dans des conditions qui bénéficient clairement aux plus fortunés. Les revenus du capital sont beaucoup moins imposés que les revenus du travail et les PME payent proportionnellement plus d’impôt que les entreprises du CAC 40. Par contre, Nicolas Sarkozy remis depuis un an une vingtaine de taxes qui touchent les classes moyennes et les classes populaires.
Il faut mettre fin à cette situation. Ce ne sont pas les classes moyennes qui doivent payer davantage, ce sont les bénéficiaires des cadeaux fiscaux de N.SARKOZY. Les projets de réforme fiscale de François Hollande pèseront sur les personnes qui ont un revenu de plus de 150.000 € par part fiscale, c’est-à-dire 300.000 € pour un ménage. On n’est plus là dans les classes moyennes au sens où les français l’entendent donc vous ne risquez rien. L’objectif est de développer une fiscalité qui soutienne le développement de l’économie et organise une juste redistribution.

6. Les pauvres s’appauvrissent, les riches s’enrichissent. Moi je suis au RSA, je n’y arrive plus. Les grands patrons ont des salaires scandaleux. On ne peut pas continuer comme ça !

Nous sommes dans ce qu’on appelle une logique de réaction c’est-à-dire que la crise sert en fait à N.SARKOZY et ses amis de prétexte pour revenir en arrière sur tous les progrès sociaux. La finance domine l’économie productive du travail utile, du service public et d’un vrai progrès dans le cadre du développement durable. Ce qui compte d’abord pour les libéraux c’est de maximiser le profit immédiat des gros actionnaires individuels et collectifs. Pour eux c’est normal et les choses finiront par s’arranger, tant pis pour ceux qui souffrent et qui n’y arrivent pas. Pour nous, il y a d’un côté l’économie de marché qui est une logique naturelle des échanges humains et de l’autre le libéralisme qui est une doctrine profitant aux gros intérêts, à la spéculation financière et à une partie du patronat. Alors oui il faut agir vite avec toutes les démocraties et états responsables, pour remettre l’économie et la finance au service du Progrès et non des intérêts particuliers.

Quant aux rémunérations, elles doivent relever de la même politique. Il s’agit de fonder un pacte d’entreprise qui, dans l’intérêt même de celle-ci, fixe aux rémunérations du capital et des hauts dirigeants des limites raisonnables. L’entreprise et tous ses acteurs d’abord et non les seuls actionnaires payant grassement quelques patrons à leurs ordres, c’est notre ligne de conduite pour que l’entreprise privée prospère et embauche.

7. La « France des propriétaires » c’est du bidon et les loyers ne font qu’augmenter. Est-ce que vous allez vraiment faire quelque chose pour le logement ?

Il ne faut pas opposer accession et locatif comme on le fait trop souvent. A chacun son choix, le citoyen est libre. Grâce à la loi SRU voulue par la Gauche qui impose à toutes les communes un pourcentage de 20% de logement aidé, une première étape a été franchie, mais cette loi souvent, n’est pas respectée. Mais dans les grandes métropoles le droit au logement est souvent lettre morte, il faut donc aller plus loin. Nous pouvons installer un système d’épargne à long terme pour l’accession, garantir au personnel des PME, artisans et libéraux son droit au logement, rendre les loyers sociaux proportionnels au revenu net et de façon générale faire respecter la justice sociale et l’ordre dans le logement social, la priorité aux vrais besoins dans l’accession.
Loin du concours Lépine d’idées brandies puis jetées aux orties que pratique N. SARKOZY et qui n’apporte rien, bien loger toutes les familles nécessite une réforme rigoureuse et de longue haleine à laquelle François HOLLANDE est prêt, avec ses équipes.

8. Ca fait 30 ans que le chômage se répand, surtout pour les jeunes. On a soi- disant tout essayé et ça ne marche pas. Vous avez enfin de bonnes idées, surtout pour nos jeunes ?

Ce n’est pas un sujet facile mais la gauche avait tout de même réussi un bon coup avec les emplois jeunes ! Diminuer le chômage c’est d’abord créer de l’emploi, non en faisant des cadeaux au CAC 40 mais en aidant artisans, libéraux et PME et en créant de nouveaux marchés. Nous aurons une politique coordonnée pour mieux former et orienter, donner aux PME les mêmes avantages qu’aux grandes, relancer la recherche et des programmes économiques créateurs d’emploi. Quant aux jeunes, François HOLLANDE propose un contrat entre générations qui fait sens. Jeter des gens parce qu’ils sont « vieux » ou ne pas les embaucher parce qu’ils sont
« jeunes » n’a pas de sens. L’idée c’est qu’ensemble ils fassent de bons produits qui se vendent bien sur les marchés qu’on crée et justifient ainsi leur embauche ou leur maintien dans l’entreprise.

9. Il y a des chômeurs qui ne veulent pas vraiment travailler. Pourquoi ne pas leur couper les indemnités s’ils refusent des emplois.

Méfions-nous à ce sujet des fables que certains répandent complaisamment pour nourrir leur fonds de commerce politique. Peu de gens ont intérêt à recevoir pour une période limitée une indemnité très inférieure à leur salaire d’origine. D’ailleurs la plupart des radiations sont dues à un rendez-vous manqué avec Pole Emploi ou bien à des offres vraiment inacceptables et non à des refus de travail. C’est sur une formation continue et vraiment efficace qu’il faut porter nos efforts.

10. Les progrès techniques sont incessants, on ne parle que de mondialisation. La France et les Français sont-ils condamnés à être à la ramasse dans une économie mondiale qui explose ?


Bien sûr que non : la France dispose d’excellents chercheurs, de très bons ingénieurs et de brillants étudiants français ou étrangers qui viennent fréquenter nos universités et grandes écoles. Elle est présente dans le monde entier avec sa langue de culture et des entreprises dynamiques, une administration de qualité. C’est d’abord une question de méthode et de moral. Encore faut-il être capable de mobiliser tout le monde, d’agir positivement et avec compétence, de mettre à chacun à sa place et de ne pas laisser les marchés financiers ou les amis du CAC 40 n’en faire qu’à leur tête. François HOLLANDE veut et surtout il peut rassembler tous les Français, tous les corps sociaux. Avec le président sortant qui ne cesse de s’en prendre aux uns ou aux autres et de vouloir faire du REAGAN ou du BUSH au 21ème siècle, c’est carrément impossible.

11. Des tonnes de jeunes quittent tous les ans l’Ecole sans vraie qualification et sont donc condamnés d’avance à chômer. Comment leur trouver du travail malgré tout ?

Il y a un vrai problème de qualification et surtout d’orientation avec l’Education Nationale. Le lien avec les entreprises et leurs besoins doit être renforcé, les procédures doivent être simplifiées et l’enseignement professionnel vraiment revalorisé. On ne peut valablement accompagner et orienter que si l’on a soi-même un vécu en entreprise. Si les jeunes sont mieux formés et orientés mais aussi si l’on aide en même temps les PME/PMI à supporter les charges de l’intégration des jeunes pendant le temps de formation sur le tas, ça devrait mieux marcher.
La formation tout au long de la carrière doit elle aussi être améliorée : plus de droits mais aussi plus de rigueur pour que le collaborateur de l’entreprise ou de l’administration constate à la fin du mois que ça valait la peine de faire des efforts.

12. Une Europe à 27, c’est vraiment sérieux pour vous ? Est-ce qu’on peut relancer tout ça sur d’autres bases ?

Bien sûr, à condition d’avoir vis-à-vis de nos amis européens un comportement normal et cohérent, ce qui n’est pas actuellement le cas. Nous sommes une puissance mondiale mais cela ne nous autorise ni à jouer les gendarmes du monde ni à assumer la direction de l’Europe avec l’Allemagne ou tout autre état. C’est le premier problème. Le second, c’est que l’Europe et sa Constitution ou ses statuts ne doivent pas être seulement ramenés à des questions économiques ou religieuses ou alors elle n’existera jamais vraiment. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe actuellement : les intérêts économiques divisent, l’intérêt politique rapproche et l’Europe des marchands n’est pas durable.
C’est donc sur des principes qui nous rapprochent profondément et durablement comme la liberté, la tolérance, l’indépendance, le progrès social et l’humanisme qu’on peut relancer la construction européenne et non sur des fantasmes libéraux comme la soi-disant règle d’or qui porte bien son nom.

13. Faire entrer la Turquie dans l’Europe à 27, vous croyez vraiment que ça peut marcher ?

La Turquie est un grand pays de 75 millions d’habitants qui a un rôle très important à jouer dans le Caucase, au Moyen Orient et en Asie Centrale et avec lequel la France devrait avoir d’excellentes relations.

Ces relations sont gravement affectées par le sujet de l’entrée ou non de la Turquie dans l’Union Européenne et par la loi votée en France sur le Génocide arménien. Est-ce que ces deux débats étaient opportuns, y compris même par rapport aux buts recherchés par ceux qui y sont favorables à savoir, le renforcement de l’Union Européenne et l’affirmation du Génocide arménien ? Les avis sont partagés, les opposants comme les favorables à ces deux points ont de solides arguments.
Les relations avec la Turquie devront être remises à plat au lendemain des élections présidentielles pour redevenir confiantes

14. A la Commission de Bruxelles, ce sont des ultralibéraux. Avec eux, il y aura toujours plus de chômage, des produits plus chers, des salariés de l’Est qui bossent pour moins cher ici ou chez eux. Si c’est ça l’Europe on n’en veut pas !

Tout à fait. Ceci étant, n’oublions pas que l’Union Européenne n’a aucune vocation à subir la tutelle d’un vrai-faux couple franco-allemand ou alors elle explosera. Tout les Etats gros, moyens ou petits y ont droit à la décision à commencer par nos amis italiens, espagnols, belges, néerlandais ou britanniques. Or la plupart ont un modèle chrétien-démocrate assez libéral. Il faut bien en tenir compte mais, avec l’aide d’un Parlement Européen responsable et plus représentatif des peuples européens voire en recourant à des votations directes, faire évoluer les choses dans le bon sens. Serait-il logique, de la part de gens de gauche comme nous, d’offrir au travers de l’Union Européenne le maximum de pouvoirs à des politiciens adeptes du capitalisme le plus classique ? On ne peut vouloir en effet une chose et son contraire.
De plus, il va y avoir des élections dans les autres pays et les socio-démocrates peuvent gagner.

15. Il y a des gouvernements européens qui ne sont pas très sérieux. La France doit-elle payer pour eux en plus d’aider les pays du Sud ?

Oublions les critères des agences de notation américaines, qui ont pour seul mérite de faire sonner une petite sonnette de temps en temps. Pour elles, le pays idéal est une dictature ultralibérale et le meilleur « risque » est sans doute pour eux la Chine d’aujourd’hui, même s’ils de le disent pas. Ce sont d’ailleurs leurs amis de Goldman Sachs qui avaient maquillé les comptes de la Grèce quand elle avait un gouvernement de droite. Mais les agences avaient bien sûr oublié la Grèce, avant Papandréou et elles aidaient donc à vendre du « papier » grec…
La meilleure garantie pour éviter des dérives de mauvaise gestion telles que celle de la Grèce et jusqu’à un certain point de la France (dont le déficit budgétaire n’a fait qu’embellir avec N.SARKOZY) ce sont les mesures que propose François HOLLANDE mais aussi davantage de démocratie critique en Europe, une agence

européenne indépendante et une gouvernance européenne acceptée par tous qui ne s’intéresse pas seulement aux budgets des états mais aussi aux balances commerciales des Etats et de l’Europe, à la prospective économique européenne et au potentiel économique de l’Espace, de la Défense, des océans, des énergies nouvelles et aux projets à caractère social.
Quant à payer pour les sinistres, il faut que ce soit au moins en partie les spéculateurs qui le fassent.

La solidarité avec les pays du Sud est un sujet complètement différent, il s’agit d’harmoniser le développement mondial entre autres pour ralentir les flux migratoires.

16. Entre l’Europe, les marchés financiers, la décentralisation et le déficit budgétaire qui ne fait que gonfler, croyez-vous vraiment que François HOLLANDE fera mieux que les autres ?

La question du devenir de l’Etat français se pose en effet car 60% des lois françaises sont transposées de lois votées à Bruxelles et depuis 30 ans la décentralisation a transféré aux collectivités locales une partie des compétences de l’Etat.
L’Etat reste cependant très important, il nous faut donc un président de la république qui gouverne mais dans un cadre strict et respecté ; Achever la décentralisation avec un nouveau transfert de compétences car les collectivités à qui le déficit est interdit donnent une meilleure qualité de service public et rapprochent la décision des citoyens. Un Etat qui continue à assurer ses tâches majeures : police, justice, défense, relations internationales, équipements nationaux, transferts économiques et sociaux de solidarité.
François HOLLANDE veut et pourra réformer les fonctions publiques sans les démotiver, poursuivre leur modernisation, bien former et qualifier les agents.
Enfin il faudrait reconstruire un nouveau Commissariat à la Programmation Nationale qui aurait trois missions : co-analyse avec les partenaires sociaux, collecte et distribution de l’information économique, animation de la réflexion prospective en relation avec les universités et les entreprises. Il faut en effet à l’économie nationale un chef d’orchestre compétent qui sache laisser jouer les musiciens tout en faisant respecter la partition.

17. La classe politique, c’est toujours les mêmes qui copinent entre eux. On en a marre de voir toujours les mêmes têtes. En plus ils cumulent les mandats. Les Socialistes aussi. Vous allez y changer quelque chose ?

La question, c’est d’abord d’avoir de bons élus locaux, régionaux ou nationaux et c’est aux électeurs de les choisir. On ne peut à la fois se plaindre de voir toujours les mêmes et les réélire quand même s’ils n’ont pas fait leur travail ou sont malhonnêtes. S’ils sont bons, pourquoi les chasser ? N’oublions pas qu’on demande aux élus de terrain de donner tout leur temps et de prendre des risques avec une faible rémunération, sans couverture sociale et sans garantie de reclassement s’ils ne sont pas fonctionnaires. Mais il faut sûrement certaines limites, il faut interdire le cumul des mandats particulièrement en ce qui concerne les parlementaires, les Présidents d’exécutifs locaux et les ministres. Il faut aussi davantage de femmes. Il faudra également mettre une dose de proportionnelle au niveau national.

18. Certains parlent de Référendums d’Initiative Populaire ? C’est quand même une bonne idée, vous ne pensez pas ?

C’est une bonne idée qui existe depuis longtemps dans certains pays et dans l’Union
Européenne.
Le gouvernement actuel, lui, fait traîner le projet de référendum d’initiative populaire et y met des exigences irréalistes (4,5 millions d’électeurs avec en plus la signature de 180 parlementaires et puis quoi encore ?).

19. Les sans-papiers, vous voulez les régulariser systématiquement ? On ne va tout de même pas laisser entrer n’importe qui dans ce pays !

Bien sûr que non ! Mais il faut rappeler cependant quelques grands principes. L’immense majorité des sans-papiers sont des humains qu’un dénuement ou un danger extrêmes ont brutalement contraints à émigrer comme le firent à certains moments de l’Histoire un très grand nombre de communautés ou peuples de toutes religions, couleurs ou continents. Par tradition, par humanisme et aussi par intérêt l’Europe se doit d’en accueillir un certain nombre.
A leur arrivée ils provoquent cependant peurs, incompréhensions. Ces réflexes sont souvent exploités, surtout en période de crise, par des politiciens sans scrupules. Ici aussi il faut raison garder. Distinguer le souhaitable du possible, l’utilité du trop-plein et décider des mesures de coordination, d’accompagnement et de régulation qu’il faut prendre en Europe relève non du discours politicien mais de la bonne gestion. Or que constate-t-on ? C’est généralement sous la gauche que le sujet a été géré et sous la droite que l’on a favorisé l’afflux artificiel de main d’œuvre à bas prix. Alors, que la droite cesse de valider le discours de l’extrême-droite et que chacun se rappelle que bien des Français, à commencer par les politiciens de droite et même d’extrême-droite, descendent au moins en partie d’une communauté immigrée ! Et qu’elle cesse des actions méprisées par l’Europe vis-à-vis d’enfants ou des membres de certaines communautés. Nos seuls guides ici doivent être la Raison avec notre devise : Liberté, Egalité et Fraternité et le bon sens dans l’application.

20. Le droit de vote des étrangers aux élections locales, êtes-vous pour ou contre ?

Les étrangers de l’Union Européenne ont déjà ce droit. Il nous paraît normal que les autres étrangers qui vivent en France depuis longtemps avec des papiers en règle, qui payent leurs impôts et leurs cotisations sociales puissent voter aux élections locales. Une loi sera votée pour cela.
Ecarter par principe les étrangers de ce vote sur la base de critères injustes et plus ou moins raciaux, est de nature à générer le communautarisme, la défiance voire la haine et les troubles. Mais faire comprendre cela à un C.GUEANT et à l’UMP est à peu près impossible !

21. Que faire pour avoir une Justice indépendante ?

Les citoyens doivent être sûrs que les affaires judiciaires seront jugées en dehors de toute pression. C’est pourquoi les juges sont indépendants. Cette indépendance est une garantie pour les citoyens et non un privilège pour les juges.

Mais dans le système judiciaire français, les procureurs sont placés sous l’autorité hiérarchique du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.

On peut donc penser à aligner le statut des magistrats du parquet sur celui des juges en ce qui concerne les nominations et la discipline d’une part, et d’autre part interdire les instructions individuelles dans les dossiers. On peut même aller plus loin en créant une instance de type « procureur général de l’État » qui assurerait la cohérence de la politique pénale et exercerait l’autorité hiérarchique dans les dossiers individuels, devenant ainsi le garant de l’absence de pressions du Ministre. Il rendrait compte devant le Parlement qui exercerait le pouvoir de nomination après avis conforme du Conseil supérieur de Justice. Son mandat ne pourrait être interrompu sauf procédure de destitution selon le même parallélisme des formes que pour la désignation.

22. Les bureaux de postes, les tribunaux, les hôpitaux ferment les uns après les autres. Comment conserver la proximité du service public ?

Que des choix budgétaires soient parfois nécessaires, c’est une chose. Mais que des décisions arbitraires soient prises au détriment du service égal à tous les citoyens, c’en est une autre. Il faudra arrêter la fermeture des services publics et avoir pour premier guide le service à tous. La fermeture des bases militaires, des tribunaux, des bureaux de postes, des hôpitaux ou des écoles par exemple a été dramatique pour certains territoires. Il faut faire de l’égalité entre les territoires une priorité. Le nouvel acte de décentralisation et la priorité à l’Education nationale y aideront.

23. Suite aux révolutions du « Printemps arabe » l’immigration risque d’augmenter ? Comment pensez-vous la limiter ?

Ces révolutions marquent une évolution démocratique qui n’est cependant pas encore stabilisée et qui peut même connaître des reculs. Or c’est en aidant ces pays à revenir à un fonctionnement démocratique et à un développement économique que les flux d’immigration se réduiront.
Le dialogue méditerranéen, une action résolue en faveur de la paix et du développement économique et une politique mesurée vis-à-vis des puissances régionales mais ferme vis-à-vis des actions violentes, qu’elles soient individuelles ou étatiques, doit permettre de contribuer à fixer des populations entières dans de nouvelles zones de développement au Proche et au Moyen-Orient.

24. La situation en Syrie ne risque-t-elle pas d’être à l’origine d’une nouvelle aventure extérieure ?

La situation de la Syrie est bien différente de celle de la Libye.
Le régime autocratique et minoritaire de Damas vit sur une poudrière et ses principaux voisins ou régimes plus ou moins alliés se trouvent fragilisés.
L’arrivée d’une démocratie pourrait-elle se faire sans violence ? Ce n’est pas certain et le régime syrien joue donc habilement sur la crainte d’une déflagration régionale. Ici aussi, ce n’est pas à la France, ancienne titulaire d’un protectorat en Syrie, d’agir seule ou en duo avec le Royaume-Uni. Elle doit aider cependant à un nouvel équilibre auquel des puissances comme la Turquie, certains pays arabes du Golfe ou

l’Egypte nouvelle peuvent puissamment contribuer de même qu’un apaisement des relations avec Téhéran, le tout en liaison avec le Conseil de Sécurité de l’ONU.
La gauche ne peut qu’accompagner les efforts de tous pour l’installation en Syrie d’un régime démocratique alors que, comme l’exemple afghan ou même irakien le prouve, l’intervention armée de puissances anciennement dominantes peut à la fin provoquer plus de mal que de bien.

25. Faut-il rester en Afghanistan ?


Nous sommes allés en Afghanistan, à tort ou à raison, pour combattre Al Quaïda et Ben Laden allié aux Talibans après les attentats du World Trade Center. Le monde entier et les Afghans étaient favorables à cette intervention mais les USA ont fait une grosse erreur de ne pas mettre les moyens nécessaires en Afghanistan en envahissant l’Irak. Ce fût un désastre des deux côtés. Nous n’avons plus rien à faire là-bas. Les forces étrangères sont de plus en plus assimilées à des forces d’occupation et non de libération
Dans le contexte tribal de l’Afghanistan il est d’ailleurs très difficile de distinguer les militaires officiels des milices d’obédiences religieuse ou autre. La population, pauvre et donc attachée à ses coutumes et à ses intérêts économiques, tend à soutenir la lutte contre l’envahisseur étranger et à faire bloc avec ses acteurs même si elle ne les apprécie pas particulièrement.
Une politique basée sur des relations pacifiées avec les Afghans et leurs voisins ne serait elle pas mieux ressentie que cette obstination à vouloir, au nom de principes incertains ou non pertinents, se mêler de sujets qui nous dépassent au prix de pertes et de dépenses qui sont elles, bien réelles ? C’est extrêmement vraisemblable. Autrement dit, tout en reconnaissant hautement la valeur et le courage de nos forces sur place, nous recommandons qu’il soit rapidement mis fin à notre engagement militaire avant la fin 2012. Nous disons cela depuis longtemps et la récente actualité nous a donné tristement raison. D’autant plus que Ben Laden est mort. Nous n’avons plus rien à faire là-bas maintenant, sous cette forme là. Il faudra réfléchir à une nouvelle façon d’aider l’Afghanistan et d’assurer la présence de la France dans cette région du monde.

26. Quelle est votre position sur le conflit « israélo-arabe » ?

C’est un sujet historiquement conflictuel dont la Bible parle déjà. L’essentiel est aujourd’hui de diminuer la souffrance des peuples sur cette terre de conflits. D’autre part ne mélangeons pas tout : Arabes, Maghreb, Palestiniens, Iran, Turquie, Israéliens, Juifs, Musulmans, Islamistes etc. C’est comme si l’on disait que l’Indonésie et le Sénégal c’est pareil sous prétexte qu’on y trouve beaucoup de Musulmans.
Bien des pays arabes ou musulmans ont d’ailleurs des positions nuancées par rapport à la situation en Palestine.
La France, restée terre d’accueil de la moitié des Juifs européens mais aussi patrie d’un quart des Israéliens qui en ont le passeport, est aussi par tradition, intelligence et intérêt, amie des Arabes en général et des Palestiniens en particulier, dont une partie sont d’ailleurs chrétiens. Elle a donc un rôle essentiel à jouer pour la paix non en se laissant influencer par les uns ou les autres mais en prenant des initiatives de paix fortes, concertées avec les puissances régionales qu’elle doit donc se garder d’irriter sans raison sérieuse ou électoraliste. Il faut aussi faire confiance à nos diplomates pour aider les décisionnaires politiques à démêler cet écheveau difficile et leur éviter des erreurs.
La gauche ne peut qu’accompagner tout effort sincère d’apaisement et de respect mutuel et dissuader toute exploitation confessionnelle ou partisane d’un conflit qu’il faut aussi savoir ramener à ses justes proportions : la Terre ne tourne pas autour de la Palestine, où Israéliens et Palestiniens devraient cohabiter comme ils l’ont fait à certaines époques.

27. L’Iran, nucléaire, est-il une vraie menace pour la Paix ?

La civilisation très ancienne, la taille et la situation géographique de ce pays en font une puissance régionale majeure, à laquelle d’anciennes relations nous unissent.
La politique intérieure de l’Iran est complexe et imprévisible mais sa politique extérieure est assez stable. Or l’Iran est entouré de puissances nucléaires (Pakistan, Russie, peut-être Israël et plus loin USA). Il a donc tendance à suivre une ligne d’indépendance nationale initiée avant même l’ancien Shah d’Iran et que la France a elle-même pratiquée à une époque au grand scandale de ses alliés. Il ne s’agit pas ici de justifier le point de vue iranien mais de le comprendre, sachant qu’on ne peut faire violence à une puissance de 70 millions d’habitants dont la moitié sont très jeunes sous peine de provoquer des catastrophes pires que le mal, d’autant plus que la tradition de l’Iran n’est plus, et depuis longtemps, d’être géographiquement impérialiste. Certains objecteront que l’Iran n’est peut-être pas dangereux mais quelques islamistes à sa tête le sont.
L’Iran qui fait partie du Traité de Non-Prolifération (il reste inspecté par l’AIEA) a déjà manifesté son accord sur une possibilité de contrôle de ses productions nucléaires mais ne saurait accepter un chantage brutal face à ses problèmes internes. Plus qu’à des gesticulations militaires que la position géopolitique forte de l’Iran condamne à l’échec, c’est à une diplomatie intelligente et dynamique qu’il faut ici faire confiance. Les sanctions peuvent être utiles, au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU, si les dirigeants refusent toute autre approche mais pour cela, l’accord de la Chine est nécessaire.

28. Etes-vous favorable à l’adoption d’une loi autorisant le mariage homosexuel ? Et à une loi autorisant l’homoparentalité ?

Les avis sont partagés. Pour certains, le mariage doit être réservé à un homme et à une femme. Pour d’autres, le même contrat doit pouvoir s’appliquer à tous.
Ces lois sont déjà aujourd’hui adoptées au sein de la Communauté Européenne par certains pays. La question va donc se poser chez nous aussi et l’évolution de l’opinion publique par rapport au cadre familial actuel de notre société, militent en faveur d’une évolution importante dans un sens favorable.
S’agissant d’un débat social et culturel important, il doit être largement ouvert et ce de façon complète en y incluant l’ensemble des conséquences d’une probable évolution par exemple sur le statut familial et le droit des successions.
Le principe directeur doit en tous cas rester le respect et l’égalité de toutes les personnes, quel que soit leur sexe, âge et condition, et l’intérêt des enfants.

29 : Qu’allez-vous faire avec les consommateurs de cannabis ?

La politique de dépénalisation du cannabis, en Hollande et au Portugal notamment ont aidé à effacer un certain nombre d’idées reçues. Pour ses promoteurs en effet, la dépénalisation n’incite pas les consommateurs de cannabis à se tourner vers des drogues dures cocaïne ou l’héroïne. Elle n’entraîne pas non plus nécessairement une hausse du nombre de consommateurs de cannabis. Accessoirement elle fournit aux états des ressources supplémentaires sous forme de taxes. Par contre il est vrai qu’elle n’affaiblit pas la lutte contre le trafic des drogues et certains disent qu’il ne faut pas donner un signal laxiste à la jeunesse.

Pour d’autres les propositions de dépénalisation pourraient brouiller le message porté depuis longtemps par certains groupes de pression qui combattent l’alcoolisme ou la tabagie. De plus il est difficile d’en mesurer les conséquences ultimes en termes de santé publique et de sécurité. La France isolée dans un environnement européen très majoritairement prohibitionniste, servirait automatiquement d’approvisionnement pour les groupes criminels qui poursuivraient leur business dans les autres pays. Il est également probable que ces groupes investiraient dans la culture du cannabis en France alors légalisée.
N’est-ce pas dès lors à l’échelle de l’Europe qu’une politique de dépénalisation ou de légalisation pourrait être menée ?
En attendant, pourrait être proposée la « contraventionnalisation » de la consommation de cannabis. En clair, les 142 000 consommateurs de cannabis arrêtés chaque année devraient payer une amende de 5ème catégorie. Cela allégerait les procédures et soulagerait police et justice.

30. Au-delà des discours, les inégalités entre hommes et femmes persistent. L’établissement d’une égalité réelle représente-t-il pour vous un objectif politique ? Si oui, quelles mesures concrètes prendrez-vous pour l’atteindre ?

Les femmes souffrent aujourd’hui d’inégalités économiques, sociales et politiques la principale inégalité économique étant celle des salaires. Les salaires des femmes sont, à classification égale, inférieurs sans compter les entraves pour la promotion aux postes d’encadrement.
La première mesure pour assurer l’égalité entre femmes et hommes doit venir du monde politique qui doit montrer l’exemple pour entraîner la société française vers cette égalité des sexes. La parité dans les fonctions politiques doit être renforcée par deux moyens : l’interdiction du cumul des mandats et l’introduction d’une dose de proportionnelle pour l’Assemblée nationale (proportionnelle contre laquelle la droite lutte en permanence).
Les sanctions financières contre les partis qui trichent avec la parité doivent être alourdies : il n’est pas normal que l’argent public serve à pérenniser les inégalités sexistes.
L’Administration elle aussi doit être exemplaire. Très rapidement elle doit réussir à assurer l’égalité des carrières entre les hommes et les femmes et l’augmentation de la proportion des femmes dans les postes d’encadrement et de direction de l’Etat et des collectivités territoriales doit faire l’objet d’engagements précis, chiffrés et datés Pour assurer l’égalité des salaires, il faut que les partenaires sociaux, encouragés par le gouvernement, prennent leurs responsabilités. Ce sont eux qui connaissent de l’intérieur la vie des entreprises et qui peuvent conclure des accords qui accélèreront l’égalité hommes/femmes. Le gouvernement et le Parlement pourront ensuite donner force de loi à ces accords. Ce sujet doit être au premier plan des Assises de la démocratie sociale qui devraient être organisées après les élections présidentielles. Il faut aussi lutter contre les inégalités sociales et en particulier contre la plus importante, l’inégalité du travail ménager. Cela passera sur le long terme par l’éducation : l’école, le monde associatif et les parents doivent apprendre aux enfants et aux jeunes le partage dans l’éducation des jeunes enfants et dans la prise en charge des tâches ménagères. Mais la politique familiale peut aussi y contribuer en permettant aux hommes de prendre une part plus active dans la vie pratique du couple en modifiant des règles du congé de paternité et du congé parental.

Nous proposons d’instituer un « tuteur professionnel » indépendant territorial pour que les femmes qui subissent des agressions dans leur travail puissent en parler (ce tuteur professionnel pourra d’ailleurs servir aussi pour les hommes).

31. Quelles mesures comptez-vous prendre pour favoriser l’accès des jeunes aux moyens contraceptifs ?

La contraception est un droit qui a été acquis par les femmes et qui doit rester accessible à toutes. Il est pourtant souvent remis en question dans les faits, l’effort d’information doit donc rester incessant faute d’un encadrement éducatif suffisant dans certains cas. Quant aux méthodes et aux progrès récemment réalisés par la médecine, ils doivent être diffusés.
La tarification et le remboursement des contraceptifs féminins doit rester surveillée pour que, comme pour l’accès aux soins en général, on n’en vienne pas à décourager les plus démunies de se protéger ou de se soigner alors que des dépenses de confort ou d’esthétique sont remboursées à d’autres.

32. Faut-il avoir peur de l’Islam ?

Comme pour toute différence culturelle, la première mesure à prendre c’est une explication exacte des valeurs et une large diffusion de la connaissance et de l’histoire de cette religion qui tout comme le christianisme s’est répandue non seulement au Moyen-Orient mais dans le monde entier et chez bien d’autres peuples jusqu’en Chine !
A la différence de certaines coutumes rétrogrades ou barbares qui, hier et aujourd’hui, prennent ou prenaient les religions pour prétexte, celles-ci et les valeurs qu’elles portent ne sont pas nécessairement un inconvénient et peuvent même être une richesse culturelle pour tous si la loi circonscrit leur pratique et évite les dérives prosélytes ou sectaires. Il ne faut pas confondre musulman et islamiste.
Regardons d’autre part le nombre de nos compatriotes de confession musulmane dans la création de richesse, dans la défense de nos valeurs, dans le fonctionnement de notre administration. A propos de l’Islam comme de toute autre religion, il n’y a pas de place dans une république laïque pour ceux qui veulent l’imposer aux autres y compris autour d’eux par des pressions ou des signes ostentatoires.
Il y a par contre place pour la libre pratique et un traitement vraiment égal des confessions, lieux de culte ou écoles sur le modèle républicain car la laïcité n’est nullement l’ennemie des religions, à plus forte raison d’une religion particulière. Pratiqué dans ce cadre strict, il n’y a pas plus de raisons d’avoir peur de l’Islam que d’autres religions. Par contre, les pratiques des islamistes dans le monde ou de l’application de la Charia dans certains pays, engendrent une crainte diffuse de l’Islam. Il appartient aux musulmans aussi de combattre les islamistes et de faire évoluer certaines de leurs pratiques dans certains pays.

33. Mes parents sont âgés. Je n’aurai pas les moyens de leur payer une maison de retraite. Qu’allez-vous faire pour eux ? Quelles solutions proposer pour que les personnes âgées puissent vivre dignement ?

C’est un sujet crucial puisque, et c’est heureux, nous vivons de plus en plus vieux. Nicolas Sarkozy avait annoncé que la dépendance serait un des grands chantiers de son quinquennat. Mais il a dépensé tant d’énergie pour réduire les impôts des ménages les plus fortunés qu’il ne lui en est pas resté pour résoudre ce problème tellement aigu pour tant de famille des frais d’hébergement des personnes âgées qui ne peuvent plus rester chez elles.
Nous souhaitons tout un ensemble d’actions qui répondront aux besoins des personnes âgées et de leurs familles. Cela va d’une forte amélioration de la détection et de la prévention des troubles liés au vieillissement à la réunion d’une Conférence nationale de la dépendance qui réunira l’Etat et tous les acteurs publics et privés qui interviennent dans la dépendance pour l’accueil et pour le financement et qui sera chargée de trouver les solutions aux difficultés que rencontrent aujourd’hui les familles et les personnes âgées.
Il faut maintenant une vraie politique du logement à tout âge avec de vraies priorités et d’aide à la dépendance pour pallier le cout très élevé des maisons dites «de retraite .» et rendre possible le maintien à domicile dans le cadre familial chaque fois qu’il est possible. Ceci demandera un gros effort dans cette période de crise mais nos seniors ont le droit à une vie digne.
Le beau principe de contrat intergénérationnel lancé par François Hollande pour l’entreprise, pourrait être étendu à de nombreux secteurs (éducation, culture, vie dans les quartiers, vie associative etc.)

34. Faut-il réintroduire le service militaire ou introduire un service civique pour les jeunes? Peut-on attendre d’un service militaire ou civique qu’il crée la mixité, la cohésion sociale, la citoyenneté qui manque aujourd’hui à notre société?

Nous sommes favorables à la mise en place d’un service citoyen pour les jeunes, garçons et filles qui le souhaitent. Ce service correspondrait à une conception moderne et élargie de la défense nationale qui inclurait outre les aspects militaires traditionnels, la sécurité civile et la protection de notre environnement. Il remplirait bien sûr les fonctions d’intégration sociale et d’apprentissage des responsabilités collectives et de la vie en société que chacun s’accordait à reconnaître à l’ancienne conscription.
A terme, la société qui doit s’adapter et changer ne peut se passer d’une phase d’intégration et d’éducation collective de sa jeunesse qui ne soit pas seulement dévolue aux écoles, dont la mission principale reste d’enseigner et ce dans des conditions souvent difficiles avec une parentalité elle-même en évolution.
Sous des formes à préciser, ce service civique pourrait déboucher sur des formations et des emplois rémunérés dans certains cas et en fonction des besoins, avec des métiers précis (armées, fonction publique ou entreprises).

35. On a le sentiment d’une grande insécurité en France. La gauche a toujours parlé de prévention mais pas de la répression et de la protection concrète des populations. Quelle mesure comptez-vous prendre pour résoudre les problèmes de sécurité des Français?

Il ne faut pas comme N.Sarkozy mélanger pendant des années, à des fins politiques le terrorisme, le grand banditisme, les cambriolages et la petite délinquance répétée qui gâchent la vie quotidienne de nombre de nos concitoyens. C’est la meilleure façon de ne résoudre aucun des problèmes et le bilan négatif de la politique dite répressive des cinq dernières années en est d’ailleurs la meilleure preuve malgré le
« maquillage » des statistiques.

Nous souhaitons, nous, apporter une réponse claire, rapide et adaptée à la petite délinquance qui constitue la majeure partie des infractions et qui est la première, sinon l’unique cause du développement du sentiment d’insécurité et de l’insécurité chez nos concitoyens. Nous souhaitons aussi rétablir la confiance entre nos concitoyens et le service public de sécurité. L’ilotage et la proximité restent à la base de cette confiance, tout comme l’utilisation rationnelle des forces de police et de gendarmerie ainsi qu’un équipement suffisant.
Prévention, dissuasion-répression et attention aux victimes doit être le triptyque gagnant. La gauche doit être pour la sureté des biens et des personnes.

36. On m’a fracturé ma voiture trois fois en un an. Des bandes de dealers connues par la police se rassemblent à proximité de ma maison. La police sait tout cela et les auteurs de délits sont connus, pourtant elle ne fait rien. Si c’est moi qui me défends j’irai en prison. Est-ce normal?

Il faut un régime de sanctions spécifique, rapide, et efficace pour ce type de délinquance. Depuis cinq ans, Sarkozy a multiplié les réformes pénales de pur affichage sans aucune efficacité face à cette violence quotidienne. Il faut en fait refonder la procédure pénale pour qu’elle apporte une réponse efficace et adaptée à ce type de délinquance.
Pour cela, il faut: une confrontation rapide du délinquant à son juge (aujourd’hui c’est six mois à deux ans), un délai d’épreuve immédiat pour voir si le délinquant a envie de réparer ce qu’il a fait. Une sanction dans une procédure globale et unique en cas de récidive. Et bien sûr, il faut affecter plus de magistrats spécialisés à ce type de délinquances aujourd’hui plus nombreuses et des greffiers pour que les procédures soient plus rapides. Une Justice sans moyens n’est pas une économie pour la République.

37. J’ai une famille de trois enfants et je ne peux plus me permettre de les emmener au théâtre, encore moins à l’opéra. Que proposez-vous, pour mettre en œuvre, une véritable démocratisation de l’accès à la culture?

Pour nous, l’accès à la culture est fondamental et ne se réduit pas à la consommation de spectacles, aussi prestigieux soient-ils. La première priorité est le développement de l’enseignement artistique, seule façon de former le goût et de développer les facultés et les pratiques artistiques de tous. Il a aussi un rôle à jouer dans la formation du désir d’acquérir, ultérieurement, des biens ou services culturels donc de créer un cercle vertueux aidant au financement de la culture. L’école doit être le lieu privilégié de cet enseignement mais pas le seul.
Les moyens pédagogiques et l’organisation des programmes doivent y être adaptés en conséquence, en liaison et en dialogue avec les collectivités locales, devenues les principaux financeurs La seconde priorité est le développement d’espaces culturels – bibliothèques, médiathèques, théâtres, cinémas d’art et essai – dans les territoires. Il ne faut pas que cet accès à la culture soit réservé aux seuls habitants de Paris et de quelques métropoles.

38. Certains footballeurs gagnent des sommes indécentes et des voix s’élèvent pour dénoncer l’usage de la drogue chez certains sportifs de haut niveau. Comment moraliser le sport?

Il faut bien distinguer le sport-spectacle professionnel du reste de la pratique sportive. Nous voulons favoriser la pratique du sport dans toutes les catégories de la population. Le sport a de nombreuses composantes qu’il ne faut pas négliger et qui forment un tout indissociable : santé, éducation, vie associative et intégration sociale. il concourt vigoureusement dans tous ces domaines à une société plus solide.
Nous agirons avec les collectivités locales, les fédérations et les clubs pour le promouvoir y compris pour les sportifs de haut niveau auxquels il faudra trouver un statut particulier. Nos équipes « olympiques » doivent pouvoir se former à un autre emploi et préparer leur vie professionnelle future.
En revanche, la contrepartie inconditionnelle de l’aide de l’Etat doit être l’exemplarité de ce secteur en matière de comportement. Les sportifs de haut niveau aidés par l’Etat sont et doivent rester un exemple notamment pour la jeunesse. Pour ce qui concerne le sport-spectacle professionnel, en aucune façon il ne doit pas être dispensé des règles qui s’appliquent à tous les jeunes délinquants. S’agissant des rémunérations du sport-spectacle professionnel, elles obéissent aux mêmes règles que celles du show business, avec ses excès bien connus. Mais il reste possible, bien que difficile, au travers des réglementations publicitaires et de la collaboration internationale, d’exercer une influence positive dans ce domaine.

39. Aujourd’hui, de plus en plus de médecins pratiquent le dépassement d’honoraires. Se soigner devient un privilège. Comment vous y prendrez vous pour encadrer le tarif des soins et les rendre accessibles à tous?

Il est vrai que nombre de nos concitoyens renoncent à se soigner à cause de leur situation économique et du coût des soins. Il faut tout en conservant la liberté du choix du praticien, que l’Etat assure l’exercice effectif du droit à la santé pour chacun. Pour cela, nous proposons plusieurs pistes : veiller à ce que les tarifs pratiqués par le médecin référent soit cohérent avec le niveau socio-économique de la zone qu’il couvre. Si ce n’est pas le cas, refuser les autorisations de dépassement excessif. Cela impose bien sûr d’adapter le système général à la géographie médicale pour ne pas décourager l’installation des jeunes praticiens.
Ensuite, développer des centres de santé de proximité offrant un service de médecine de qualité, sans surcoût pour les assurés sociaux et gratuitement pour les plus faibles revenus. Enfin, redonner à l’hôpital les moyens d’exercer sa mission d’excellence et de solidarité

40. La plupart des hôpitaux n’ont plus d’argent et réduisent leurs effectifs, lorsqu’ils ne ferment pas, tout simplement (hôpitaux de proximité). Cette évolution rend l’accès aux soins, aléatoire et fragilise encore davantage ceux qui ne peuvent recourir aux soins privés. Une autre politique est-elle possible?

Depuis le Moyen-âge, l’Hôpital assure en France une double tradition d’excellence et de solidarité. Aujourd’hui, il ne peut plus assurer correctement ses missions de qualité et de sécurité des soins. La mise en place de 35 heures est souvent accusée d’être la cause de tous ces dysfonctionnements. Cela dépend des personnels. En fait, on constate qu’aujourd’hui, les hôpitaux sont encombrés par des tâches qui ne relèvent pas directement de leur mission principale. En raison de la mauvaise organisation de l’offre de soins, 75% des patients traités dans les services d’urgence relèvent en fait d’une autre prise en charge. Nous souhaitons donc recentrer les hôpitaux sur leur mission d’offre de soins de qualité à tous en réorganisant en amont l’offre de soins. C’est la mise en place de centres médicaux de proximité qui devra satisfaire une grande partie des soins spécialisés assurés actuellement par les centres hospitaliers. Bien entendu des financements nouveaux privés autour de cahiers des charges précis devront être mis en place. Mais il faut aussi s’intéresser à certains problèmes statutaires et administratifs qui désavantagent l’Hôpital public vis-à-vis des établissements privés et revaloriser certaines professions paramédicales ou à des règles de financement qui produisent des effets pervers.

41. Les conditions de travail des enseignants se dégradent. Le nombre de candidats au concours du secondaire ne cesse de chuter. Bientôt nous n’aurons plus de profs. Quelles mesures concrètes proposez-vous ?

C’est vrai que la France est un des très rares pays développés où le salaire des profs n’a pas évolué depuis plus de quinze ans. Le salaire moyen dans le primaire est de
2.037 euros nets avec quinze ans d’ancienneté et de 2.200 euros nets dans le secondaire. Cela fait 15% d’écart en moyenne avec les autres pays de l’OCDE.
Par ailleurs, la situation des jeunes enseignants se dégrade car ils sont affectés en priorité sur les zones d’urbanisation prioritaire où les conditions d’exercice requièrent des compétences et une expérience qu’ils n’ont pas encore.
Nous pensons que l’amélioration de notre système scolaire passe par une revalorisation de la rémunération de l’ensemble des personnels de l’école mais aussi par une meilleure utilisation des qualifications et des compétences de chacun. L’administration de l’Education Nationale doit être considérée dans son ensemble et les efforts de réflexion ne doivent pas porter sur le seul corps enseignant opérationnel et des passerelles doivent être pratiquées avec d’autres administrations. Les populations scolaires en difficulté doivent en tous cas pouvoir bénéficier des enseignants les plus qualifiés et disposant de l’expérience professionnelle suffisante. Par ailleurs le respect de l’enseignant de terrain en tant que métier et en tant que personne doit à nouveau être pratiqué, sans quoi ce métier devient trop dur à exercer par rapport à sa rémunération et à son parcours. Ce n’est pourtant l’intérêt de personne, à commencer par les enfants, qu’on en vienne à le confier à n’importe qui comme semble vouloir le faire l’actuel gouvernement.

42. Mes enfants ne feront jamais Polytechnique ni HEC ni l’ENA. Du coup, ils auront du mal à trouver du travail. Comment faire en sorte que dans les grandes écoles, les promotions ne soient pas constituées que d’enfants de profs, de professions libérales et de hauts fonctionnaires?

Il est vrai qu’en France, les inégalités scolaires sont plus marquées que chez d’autres pays européens et que les grandes écoles recrutent encore trop dans les catégories de population les plus favorisées. Nous pensons qu’il faut les moderniser et les ouvrir beaucoup plus aux étudiants d’origine moins favorisée car c’est une des conditions de leur excellence future et même du rayonnement international auquel elles doivent prétendre.

Mais le véritable handicap de notre système scolaire et universitaire est qu’il cherche à fabriquer une élite en pratiquant dans les faits l’exclusion à tous les niveaux du système éducatif. Il faut revoir modes et méthodes d’orientation et revaloriser certaines filières proches de la vie entrepreneuriale, exiger l’efficacité de certains enseignements comme les langues vivantes. Nous devons veiller, c’est notre tâche prioritaire, à ce qu’aucun élève ne quitte le système scolaire sans une formation qui lui permette de trouver du travail.

43. Mon seul diplôme, c’est le bac. Je cherche du boulot et je n’en trouve pas: à quelles conditions puis-je être quand même trouver du travail ?

Notre système éducatif produit trop souvent des diplômés sans tenir compte du marché du travail. Nous souhaitons mettre en place, plus de trente ans après la loi sur la formation professionnelle, un véritable droit à la formation sur toute la vie active qui permette à tous ceux qui n’ont pas eu une formation initiale suffisante de s’adapter aux demandes du marché de l’emploi. Ce droit s’appliquerait dès la sortie du système éducatif.

44. Se chauffer, cuisiner revient de plus en plus cher et beaucoup n’y arrivent plus. Est-ce que ça va continuer ? Il est incroyable qu’en 2012 on en arrive là !

La facture de l’énergie est effectivement préoccupante pour bien des ménages alors que l’électricité est en France30% moins chère que chez nos voisins européens (en raison du nucléaire notamment). Et les tarifs vont évoluer à la hausse pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et préparer la transition énergétique vers les énergies renouvelables.
C’est pourquoi pour soulager la facture aux ménages en difficulté, nous proposons:
– la mise en place d’une facturation progressive au delà du tarif de première nécessité pour limiter la facture du logement principal.
– Pour les ménages en précarité énergétique, un «chèque énergie» un peu équivalent au ticket restaurant qui soit utilisable pour toutes les consommations d’énergies domestiques: électricité, gaz etc
– d’offrir un diagnostic de l’habitat aux bénéficiaires du tarif de première nécessité et que l’avance des travaux soit effectuée par le service public d’électricité qui se remboursera sur les économies ainsi réalisées

45. Ne trouvez-vous pas qu’aujourd’hui, on manque de transports ? On nous dit qu’il faut arrêter d’utiliser la voiture, mais comment faire ? Le prix de l’essence et les loyers augmentent, donc il faut s’installer de plus en plus loin de notre lieu de travail et dépenser de plus en plus en transport. Que comptez- vous faire pour remédier à cela et permettre à tous de voyager moins cher ?

Ce genre de problèmes qui n’on fait que s’aggraver, ne seront pas résolus du jour au lendemain et ce ne sont pas les idées du gouvernement actuel qui vont y contribuer. Ainsi, en Région Ile-de-France, il ne fait que pousser à créer des pôles de bureaux ultra-concentrés et privilégier les liaisons techniques entre ces pôles alors qu’il faudrait rapprocher les gens de leur travail et leur éviter des heures de transport quotidien qui nuisent autant à la qualité de la vie qu’à celle du travail.

Pour parer au plus pressé, la première décision importante dans ce domaine sera d’opérer un redéploiement des investissements de transports favorisant les transports urbains et les zones de banlieue ou de grande banlieue. Le deuxième changement politique sera une impulsion très forte à la construction de logements neufs, en particulier de logements sociaux collectifs dans les zones déjà urbanisées pour éviter un étalement qui consomme toujours plus de transports individuels.
Les régions doivent aussi jouer leur rôle pour la péréquation entre voyageurs, comme la plupart le font déjà et il faut mettre le holà aux déplorables conséquences de la privatisation à tout va des transports, y compris au niveau européen. Ce n’est pas parce qu’une décision est prise sous l’influence des milieux économiques qu’elle est bonne. Or la priorité donnée aux transports « rentables » est préjudiciable à un aménagement durable du territoire. La course au gigantisme et à la rentabilité dans les transports aériens et maritimes par exemple, engendre des accidents. Le naufrage du Costa Concordia vient de nous le rappeler. Elle est souvent dévastatrice pour l’environnement et génératrice de dangers auxquels le secteur privé ne peut ni ne veut faire face comme celui de l’accroissement du nombre de voyageurs ou touristes transportés par unité, ou auxquels on s’est habitué, comme les milliers de morts par an sur nos routes : une pollution au pétrole annuelle à laquelle plus personne ne prend garde.
Un audit général sur ces sujets est donc nécessaire pour relancer une politique européenne et responsable avant qu’une catastrophe majeure ne nous y force.

46. La nourriture est de plus en plus chère et souvent moins bonne alors que nous avons en France une agriculture abondante et de qualité. La faute à la grande distribution qui fait la culbute sur le dos des producteurs et des consommateurs. Que comptez-vous faire pour que ça cesse ?

Bien que les agriculteurs se soient souvent organisés en coopératives ou en groupements, la grande distribution arrive à leur imposer une baisse de ses prix d’achat alimentaires sans les répercuter sur ses prix de vente. Il faut donc des politiques de prix qui garantissent la juste rémunération du travail des agriculteurs mais pas des prix totalement administrés qui gêneraient l’évolution de la demande des consommateurs vers des produits plus qualitatifs ou de meilleurs modes d’alimentation. Il faut aussi aider à la conclusion d’accords-cadres entre groupements d’agriculteurs et grande distribution et favoriser la concurrence entre les grandes chaînes de la distribution au bénéfice des consommateurs.
D’autre part et peu de gens ont remarqué, dans le nombre, l’une des mauvaises
« réformes » de N.SARKOZY consistant à réduire fortement les effectifs et surtout les pouvoirs des services d’inspection de la qualité des aliments et de la répression des fraudes. Sans abuser du principe de précaution ; Il faut maintenant redonner à ces services les moyens d’agir et encourager le développement de l’agriculture biologique qui non seulement permet d’avoir une alimentation plus saine mais en plus, crée des emplois.

47. La plupart du temps, après des grèves, des protestations et une agitation politique, les délocalisations finissent par s’imposer. Alors, peut-on vraiment y faire quelque chose, dans cette économie mondialisée, dominée par les marchés et le profit ?

Tout d’abord il faut rappeler que pour vendre un Airbus ou une centrale nucléaire à la Chine, il faut aussi lui acheter beaucoup de T-shirts ou de télévisions. Il faut dire aussi que ces délocalisations ont permis à des peuples de sortir de la faim et du fond de la pauvreté. La première parade contre les délocalisations, c’est de rester à la pointe de l’innovation. Pour cela il faut un système éducatif et d’enseignement qui marche et des centres de recherche actifs, dotés de moyens et qui trouvent, un encouragement vigoureux à la création et au développement des PME. Enfin on n’est pas obligé de faire dans la mondialisation naïve et il faut amener l’Europe à se protéger contre le dumping social et écologique.
Des solutions techniques sont également possibles pour travailler sur le problème de la localisation du profit et sur les formes de constitution d’un produit : L’Etat doit s’intéresser à ce qui se passe vraiment sur le terrain industriel et économique. Nous avons moins de 15% de la population active dans l’industrie, les Allemands 30%. Il y a donc des solutions. Les Allemands par exemple ne délocalisent pas tout l’unité de production d’un produit mais une partie et garde la production en Allemagne.

48. Précisément, à propos de délocalisations et de compétitivité des entreprises, quelle est votre position vis-à-vis de La TVA sociale ?

La TVA sociale n’est aujourd’hui qu’un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. Il s’agit de trouver une recette nouvelle qui pèsera sur tous les consommateurs et principalement sur ceux qui ont les revenus les plus bas et dont tout l’argent passe dans l’achat des produits de base.
Et cela pour alléger les charges patronales alors que ce ne sont pas 1 ou 2% de charges patronales en moins qui réduiront notre écart avec les salaires chinois ou vietnamiens. La vraie compétitivité des entreprises, c’est le développement de l’innovation et de la qualité de leurs produits.
D’autre part, si la TVA est une « grande » invention, il ne faut pas oublier que les impôts indirects dont elle fait partie sont appréciés des gouvernements parce que politiquement indolores mais qu’ils sont aussi, pour la même raison, beaucoup moins honnêtes politiquement et modulables en fonction du revenu que les impôts directs comme l’IRPP. La TVA sociale est un nom qui s’écoute bien mais dont l’efficacité n’est pas évidente.

49. Lorsque des banques font des bénéfices, elles les distribuent aux actionnaires et sous forme de bonus. Lorsqu’elles sont en difficulté, l’Etat, donc les contribuables, vient à leur secours sans ou avec peu de contreparties. Vous trouvez que c’est normal ?

Il est clair que les rémunérations des dirigeants et des traders dans les banques dépassent aujourd’hui l’entendement et qu’il faut les ramener à un niveau raisonnable soit par des réglementations directes soit par l’impôt. Il est aussi clair que l’aide apportée par l’Etat aux banques l’a été sans qu’il se donne le moindre moyen de peser sur leurs décisions et leurs orientations.

En fait, la loi donnait déjà largement au gouvernement actuel, à la fois comme contrôleur, comme actionnaire et parfois comme fournisseur de personnel de haute direction, les moyens de prévenir la mauvaise politique des banques françaises qu’on a cependant laissé gagner leur vie sur les marchés en spéculant plutôt que de faire leur métier –moins rentable il est vrai- de prêteur aux entreprises et aux particuliers.
Il n’a pas voulu le faire et s’obstine à ne pas admettre, contrairement à bien d’autres pays plus libéraux que nous, que la légèreté de dirigeants beaucoup trop payés doit être sanctionnée tant sur le plan personnel qu’en obligeant les entreprises bancaires concernées à participer aux sinistres. S’obstiner à leur donner sans réelle contrepartie l’absolution et des lignes de crédit pour qu’elles ne fassent pas faillite ne peut que les encourager à continuer, comme on le voit actuellement.
Il faut s’attaquer à la finance qui ne sert pas l ‘économie réelle. Il faudra interdire l’autorisation des produits financiers qui n’ont pas de finalité économique. Au lendemain de l’élection, il faudra faire une loi sur les banques pour les mettre au pas et au service du pays, et diriger leurs financements vers l’emploi et le logement notamment.

50. Est-il normal que les sociétés du CAC 40 paient en moyenne 16% d’impôt sur les sociétés et certaines, rien du tout alors que le taux d’imposition effectif des PME est bien plus élevé ?

Non, bien sûr. Plus grave encore peut-être à terme que la délocalisation des usines est celle des bénéfices. Cela vient de multiples mesures fiscales qui ont permis aux multinationales françaises de jouer sur la « nationalité » de leurs bénéfices, y compris en se servant de paradis fiscaux et de la création de niches fiscales bien spécifiques, comme la niche COPPE sur les plus-values de revente de filiales ou de titres conservés pendant deux ans. A elle seule, elle prive maintenant l’Etat de plus de 6 milliards de recettes chaque année : à ce niveau, c’est de l’inconscience ou du sabotage fiscal contre son propre Etat.
Les PME, elles ne peuvent évidemment pas se servir de toutes ces procédures pas plus qu’elles ne peuvent, par exemple, proposer les fameux partenariats public-privé (PPP) qui ne profitent vraiment qu’aux grandes entreprises, souvent aux dépens de l’Etat ou des collectivités publiques. Il faut donc réformer la fiscalité des entreprises pour remettre à égalité très grandes entreprises et PME.
Il faut surtout que l’impôt soit proportionné aux efforts de développement et d’investissement des entreprises et si possible à leur transparence fiscale. Ce n’est pas pour rien que les Etats-Unis ont conçu un système de bénéfice mondialisé pour leurs grandes entreprises, qui cherchaient déjà à rouler le Trésor américain dans la farine. La notion de « bénéfice européen mondial » pourrait peut-être être étudiée avec nos partenaires.
Il faudra renforcer les PME en France car ce sont elles qui son les grands pourvoyeurs d’emplois.

par le Groupe « Café du Commerce »

Animateurs : Daniel HOURI, Christophe DOUCERAIN, Antoine MORY, Martine ULMANN, Manuel BAMBERGER, Nadia HILAL, Lise BEREGOVOY, Christian TARDIVON, Jean LEVAIN.

(Ce texte est soumis à la discussion de tous les membres de Démocratie 2012 et tous les internautes. Au stade actuel, il n’engage pas l’association Démocratie 2012 ni, bien sûr, François Hollande)

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