Le potentiel énergétique de l’océan est considérable, et des techniques déjà existantes permettraient sans doute d’ici quelques décennies de satisfaire grâce aux énergies marines à une part très notable des besoins énergétiques de l’humanité.

La France a certainement le potentiel le plus élevé de ressources énergétiques renouvelables de la mer, si l’on intègre toutes ces énergies dans les zones sous sa juridiction.

La France a les moyens techniques, scientifiques et industriels pour devenir un leader mondial dans ce domaine, mais elle doit se lancer maintenant, en ciblant son action sur les filières les plus prometteuses.

Les atouts : important potentiel en ressources naturelles, avec des côtes ventées, bien dotées en courants et en eaux chaudes en outre-mer ; une industrie française à tous les stades du développement des filières (à conforter à un moment où on ne cesse de se lamenter sur la disparition d’industries françaises) : construction navale, parapétrolier, électrotechnique, développement de turbines ; une synergie déjà organisée entre les différents acteurs qu’il faut renforcer, des sites de démonstration pré-opérationnels, des technologies non polluantes, une grande diversité de sites exploitables et des régions déjà organisées, de grands espaces industriels portuaires, avec un accès direct à la mer propices au développement de ces filières industrielles ; la sécurité assurée par une énergie diffuse et déconcentrée, peu exposée et pas source de tensions géopolitiques… Enfin, la France dispose d’une communauté de chercheurs reconnus mondialement pour ses compétences et son rayonnement dans la recherche maritime, énergétique, ou pétrolière offshore.

Les filières énergétiques liées à la mer les plus avancées : l’énergie marémotrice (marées), l’énergie éolienne offshore posée, l’énergie houlomotrice (vagues), l’énergie hydrolienne (courants), l’énergie thermique des mers. Des démonstrateurs (et plus pour l’éolien offshore) existent déjà dans tous ces domaines.

Difficultés : si les procédés développés ne sont pas polluants, ils impliquent toutefois des perturbations des flux naturels d’énergie et de matière, des emprises sur le domaine maritime, des contraintes pour la navigation et d’autres nuisances, visuelles, voire auditives. La connaissance des effets de toutes ces perturbations, contraintes et nuisances est encore insuffisante pour évaluer avec précision les limites d’acceptabilité environnementale et sociale de l’exploitation de ces ressources. Les énergies marines renouvelables devront montrer qu’elles s’intègrent de façon optimale dans le milieu du point de vue environnemental et qu’elles ne perturbent pas les activités anthropiques.

Problèmes à résoudre : stockage et transport de l’énergie qui peut être produite de manière intermittente et loin des zones de consommation : diverses solutions existent.

Propositions : accompagner et renforcer cette filière, avec des moyens accrus dans le domaine de la recherche afin de faire sauter des verrous technologiques inhérents à l’exploitation en mer, dans un marché concurrentiel où d’autres pays sont partis plus tôt que la France et investissent  beaucoup plus.

L’exemple britannique – filières anglaises et écossaises très bien structurées, avec un soutien fort de l’Etat et des régions – prouve que sans un soutien massif, bien coordonné, fléché de manière pertinente, les énergies émergentes comme les énergies marines renouvelables – dont la plupart nécessitent des démonstrateurs et de fortes améliorations technologiques, ne peuvent passer au stade industriel de production électrique.

Développer également les moyens de recherche destinée au stockage de l’énergie, notamment dans le couplage des énergies marines renouvelables avec l’hydrogène. L’hydrogène est facile à produire, se stocke et se transporte, et pourrait remplacer électricité, pétrole et gaz pour le stockage, le transport et la mobilité.

Organiser la transition énergétique en intensifiant les efforts pour réduire la demande et améliorer l’efficacité énergétique.

Organiser des actions de sensibilisation/éducation du public aux économies d’énergies.

Mobiliser des capitaux publics (en taxant par exemple les filières établies : fossiles et nucléaire…) vers la recherche, les sites d’essai, les projets pilotes.

Accélérer la formation et notamment parmi lesquelles l’adaptation des formations existantes aux spécificités des EMR.

Lancer rapidement des actions concrètes : soutien à l’innovation, appel d’offres pour des projets de dimension industrielle pour les filières matures ou quasiment matures (hydrolien, éolien flottant).

Le développement des énergies nouvelles renouvelables est un axe majeur de la politique énergétique européenne.

Le Grenelle de la Mer a pris acte de l’urgence et décidé d’engager un plan Energies Bleues. Le développement des énergies marines renouvelables doit devenir un axe prioritaire de la politique maritime française.

Au-delà de la satisfaction de ses besoins énergétiques, la France peut trouver des opportunités de développement industriel lui permettant de valoriser son savoir-faire dans le domaine des technologies marines et développer des capacités industrielles.

Par ailleurs, les énergies marines renouvelables sont particulièrement adaptées aux territoires insulaires d’Outre-mer, l’insularité et l’éloignement de ces régions les rendant très dépendantes de l’approvisionnement en énergies fossiles dont le coût global est surenchéri par le transport. Il est donc préconisé de privilégier les départements et régions d’Outre-mer comme zones de déploiement précoces des technologies d’énergies marines et de poursuivre et accentuer les démonstrations/expérimentations.

Cécile Logerot

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