A Démocratie 2012 nous sommes sûrement un peu bizarres. Non seulement nous avons soutenu François pour sa désignation par le PS, non seulement nous l’avons soutenu activement pendant toute sa campagne, mais nous continuons de le soutenir. Pas par crainte de nous renier, mais parce que nous approuvons son action. Nous sommes conscients de ne pas faire partie aujourd’hui de la majorité des Français. Nous sommes conscients du fait qu’une étrange coalition d’extrême gauche, de gauche auto-proclamée du PS, de medias qui ayant bien vécu avec le Sarko bashing ont décidé de continuer à vendre en commençant le Hollande bashing dès la semaine qui a suivi non pas sa prose de fonction mais son élection (n’est-ce pas Christophe Barbier ?) et qui cherchent désespérément un peu de chair fraiche mi-politique mi-people (n’est-ce pas Paris-Match ?) pour alimenter leur machine à fabriquer de la copie vaguement renouvelée .Si bien que nous avons écouté ces « Dialogues citoyens » avec une attention particulière.

Il faut saluer les quatre citoyens intervenants. Ils avaient préparé leurs interventions. Ils ont refusé la démagogie qui aurait été si facile. Ils ont exprimé un sentiment de citoyen pris dans les tourmentes de leurs vies quotidiennes, avec les soucis toujours renouvelés et les insatisfactions qui s’accumulent. Ils faisaient penser à Fabrice à Waterloo, pris dans les remous de ce recoin de champ de bataille dans lequel il essaye de survivre. En face de chacun d’entre eux, le Président a repris posément, avec cette patience souriante qui étonne quand on se rappelle l’hystérisation des interventions de son prédécesseur, tous les éléments de son action sur chacun des domaines qu’ils évoquaient, replaçant chaque décision dans le cadre de cette vision d’un équilibre national à reconstruire inlassablement, avec les temps de réponse qui sont ceux d’une grande puissance aux institutions complexes, à l’économie diversifiée, partie prenante de multiples accords internationaux. Dans ce pays secoué par des crises multiples, chômage de masse et de longue durée, crise financière importée des subprimes, pertes de compétitivité accumulée au fil de décennies de laxisme budgétaire, terrorisme aux frappes imprévisibles, François Hollande a montré comment il voulait recoudre ce tissu national fragilisé dans son identité, dans sa sécurité, dans sa prospérité.

Evidemment Mme Roy était impressionnante. Impressionnante de maîtrise d’elle-même, de douleur assumée, de refus de la haine, de conscience de ce travail de Sisyphe que représente cette lutte contre la radicalisation et son amont. Le respect avec lequel le Président l’a écouté était à lui seul un hommage à la force de caractère de cette femme. Mais quel sens de la complexité de l’action multiforme qu’il  faut mener dans les réponses de François Hollande, recadrant les dimensions du problème avec des chiffres précis pour dissiper les fantasmes sur un djihadiste qui galoperait, avec des indications précises sur les mesures coercitives à l’égard des prêcheurs de haine, avec les systèmes d’alerte mis en place sur tout le territoire pour agir préventivement. Qui pourrait lui reprocher les retards dans les prises de conscience qui ne sont pas opérées sous les mandats précédents, dans des territoires où le souci de la stabilité électorale a souvent conduit à fermer les yeux sue les premières dérives ?

Face à cette femme chef d’entreprise tonique et dynamique, François Hollande a là aussi rappelé les multiples facteurs de la perte de compétitivité de l’entreprise France et du coup la complexité, la diversité des actions à mener pour la redresser. Mais aussi les délais que cela exige. Entre une baisse immédiate des charges des entreprises et leur effet sur les nouveaux investissements, sur les nouvelles embauches, il y a des temps de latence. Restaurer les marges, puis chercher les voies de nouveaux développements, puis investir, puis embaucher : ainsi en 2015 82.000 emplois supplémentaires ont été créés et en 2016 environ 150.000 sont attendus. Comment mettre mieux en évidence le non-sens économique absolu de ceux qui s’indignent que la création d’emplois ne suive pas instantanément les premières baisses de charges – à moins que cela ne souligne leur mauvaise foi.

Cas difficile : Antoine Demeyer, l’électeur FN qui n’en peut plus. Le Nord, la violence de ses restructurations, les dizaines de milliers de salariés victimes de la crise du textile, du charbon, de l’acier, de tous les services qui y étaient liés, ces désastres visibles si concentrés dans un temps et un espace restreint. Tellement visibles que tous ceux qui sont immergés dedans ne peuvent pas, ne veulent pas voir tout ce qui s’est fait pour reconstruire un Nord nouveau, fondé sur les nouvelles qualifications de ses femmes et de ses hommes. Là aussi patience, calme, écoute, compréhension mais sans rien renier du fond de son action qui protège les fragilisés par notre modèle social pendant que sa politique économique rétablisse les nouvelles capacités de production, traditionnelles et rénovées ou nouvelles et innovantes qui ramèneront emploi et chômage. M. Demeyer sera-t-il convaincu, rentré chez lui, tournant dans sa tête ce que lui a répondu François Hollande, de revenir à ses votes anciens ? Probablement pas dans l’instant, mais comment cette pédagogie calme, là aussi aux antipodes des anathèmes, ne pénètrerait-elle pas au fil des jours dans son esprit, dans ces esprits ?

Et pour finir Marwen Belkaïd. L’archétype du jeune qui pense que la politique peut réaliser le monde qu’elle voudrait sans délai, sans compromis, sans être freinée par les obstacles de toutes sortes que le monde extérieur comme les affrontements intérieurs mettent sur sa route. Alors oui, François Hollande a dit que la jeunesse serait sa priorité. Les jeunes pensent-ils que 60.000 enseignants de plus changent leur vie ? que les emplois d’avenir changent leur vie ? que la garantie jeunes change leur vie ? que l’augmentation des bourses, l’augmentation du nombre d’étudiants dans les universités, l’élargissement du service civique changent leurs vies ? Quand des jeunes vous disent la prime d’activité – qui bénéficient principalement à des jeunes puisqu’étant en début de vie active ils ont les salaires les moins élevés – et les 4 milliards € (l’équivalent de 13.000 smic annuels) qu’elle consomme c’est marginal et que ce n’est pas structurant, il y a toutes les chances que l’explication ne parvienne pas à convaincre. Tout, tout de suite : une ambition inaccessible mais normale. Et les grands mots qui vont avec : trahison … Là aussi François Hollande reprend un à un les engagements pris et les actions mises en œuvre pour les tenir. Tout n’a pas encore été fait ? Il reste encore un an pour progresser, pour réformer, pour dynamiser cette France dont le Président ne dit pas qu’elle est frileuse mais dont nous savons bien à quel point elle peut se recroqueviller par endroits et par moments.

Au fil de ces interventions en réponse, il y a aussi le rappel de tout ce qui déborde ces questions circonscrites : le rôle de la France dans la lutte contre le terrorisme mondialisé, contre Daech, pour les Syriens, pour les Africains menacés par une charia dévoyée. Le rappel de la réalité : la France n’a pas rejeté les réfugiés, ce sont eux qui choisissent d’aller en Allemagne ou de vouloir aller à tout prix – c’est bien le mot juste- en Grande Bretagne. Le rôle de la France dans le maintien de la zone euro grâce au sauvetage de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, là où d’autres les auraient volontiers laissé couler pour les punir de leur goût du soleil. Les effets attendus du projet de loi Travail qui redonnera de l’élan aux CDI, qui rassurera des employeurs frileux, à tort mais leurs opinions sont des faits et il faut donc les faire changer d’opinion.

Pour finir on se réfèrera à ce travail minutieux de vérification fait par Le Monde sur les affirmations clés de ces Dialogues citoyens :

100 000 créations d’emplois net de plus en 2015 ? C’est vrai

Interpellé sur l’efficacité des baisses de charges consenties aux entreprises depuis le début du quinquennat, François Hollande a invoqué une bonne nouvelle : « En 2015, nous avons créé cent mille emplois net de plus. Pour la première fois depuis cinq ans, l’économie française a créé davantage d’emplois qu’elle n’en a supprimés. »

Pourquoi c’est plutôt vrai : Ce constat peut paraître surprenant dans un pays où le chômage augmente, mais il est dans l’ensemble juste. La France a bien connu un solde positif de 102 100 créations d’emploi en 2015, et ce n’était pas arrivé depuis quatre ans (et non cinq) :

« Moins d’impôt » : Oui, mais…

Le taux général des prélèvements obligatoires (qui regroupent les différents impôts, taxes et cotisations) a légèrement diminué depuis 2014, passant de 44,9 % à 44,5 % du produit intérieur. Cette diminution ne concerne toutefois pas tous les types d’impôts. Ce sont les entreprises qui ont principalement bénéficié d’une diminution de leur fiscalité. L’impôt sur le revenu a, lui, connu une hausse entre 2012 et 2013 puis s’est stabilisé sous la présidence de François Hollande.

Si le chef de l’Etat a annoncé de nouvelles baisses d’impôts pour 2016, celles-ci devraient avoir pour effet de concentrer l’effort fiscal sur les tranches pour les contribuables situés dans les tranches moyennes et supérieures de l’impôt.

« Il y a plus de croissance » : C’est vrai

Oui, la croissance est repartie à la hausse ces derniers trimestres. Mais cette reprise est encore timide, avec un total de 1,1 % en 2015, malgré un deuxième trimestre à la croissance atone. La conjoncture est toutefois plutôt à la confiance, l’Insee envisageant un taux de croissance de 1,6 % en 2016, contre 1,5 % pour le gouvernement. La croissance est notamment dopée par la reprise de la consommation, liée à la baisse du cours du pétrole et le maintien des salaires.

« Moins de déficit » : C’est vrai

A la faveur des politiques d’austérité mises en place par le gouvernement, le déficit se résorbe à un rythme soutenu. Quasi divisé par deux depuis 2010, celui-ci pourrait atteindre en 2017 la barre symbolique – et réglementaire pour les pays de la zone euro – de 3 % du produit intérieur brut (PIB). En 2015, il s’élevait à 3,5 % du PIB, s’approchant laborieusement de cet objectif.

« Plus de compétitivité et plus de marges pour les entreprises » : C’est vrai

Les taux de marge des entreprises rebondissent. Lourdement pénalisées par la crise économique, les entreprises voient en effet progressivement leur taux de marge remonter au fil des trimestres. Il a notamment fortement augmenté dans les secteurs exportateurs (industrie), selon une étude publiée mardi par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Une hausse qui s’accompagne d’une augmentation des investissements, même si celle-ci demeure timide, à l’image de la confiance des investisseurs.

Par ailleurs, le coût du travail en France a augmenté moins vite que dans d’autres pays, depuis 2012, signe d’une compétitivité des entreprises qui s’améliore lentement sous l’impulsion du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), entré en vigueur en 2013. Les effets de ce dernier ne seront véritablement évalués qu’avec la publication d’un rapport du comité de suivi de la mesure, prévue dans l’année.

 « Plus de pouvoir d’achat pour les salariés » : C’est vrai

Une légère augmentation des salaires sur les derniers mois a provoqué une hausse du revenu disponible brut des ménages. Les ménages voient leur pouvoir d’achat augmenter petit à petit

Est-ce le signe d’un pays qui va « mieux » ? Pas forcément. Cela dépendra des choix des ménages : jusque-là, ils ont préféré épargner, ce qui pouvait handicaper le reste de la croissance. Mais la consolidation de cette trésorerie depuis un an pourrait conduire à un rebond de la consommation en 2016, estime l’OFCE.

Dans ce pays traumatisé par les séquelles de la crise financière, par le ralentissement général de la croissance européenne, par la montée du terrorisme, faut-il exciter des passions partisanes ? Ou faut-il patiemment expliquer les ressorts du progrès ? Faut-il cliver ou faut-il travailler à unir ? Pour Démocratie 2012 le choix est fait : nous soutenons ce choix du mouvement calme de la réforme expliquée.

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