Lors d’une émission de télévision face aux Français le 14 avril, le Président de la République a déclaré que la France allait mieux, mieux que lorsqu’il est arrivé aux affaires en mai 2012. Cette affirmation a aussitôt suscité une salve de critiques, tellement la presse et l’opinion publique sont persuadées que sa politique économique a échoué. Et pourtant, si on fait le bilan des quatre années de présidence de François Hollande, force est de constater que la situation économique de la France s’est nettement améliorée.

En mai 2012, notre environnement économique extérieur était très pénalisant avec un euro surévalué, un prix du pétrole trop élevé et une crise des marchés de la dette publique. A cela s’ajoutait le fait que notre pays avait mené durant les années précédentes une politique économique néfaste : une augmentation trop élevée des dépenses publiques (2 % par an sous le second mandat de Jacques Chirac et 1,7 % sous le mandat de Nicolas Sarkozy), une baisse des recettes fiscales équivalente à 2 % du PIB et une hausse des cotisations sociales patronales de 4,5 points entre 2008 et 2012. Résultats : un déficit public de 5,1 % du PIB en 2011, un coût du travail devenu plus élevé qu’en Allemagne, des marges des entreprises en forte réduction, une industrie automobile au bord de la faillite, un déficit commercial record de 75 milliards d’euros et un taux de chômage qui avait augmenté en dix ans de 8,3 % à 9,7 %.

Pacte de responsabilité. Dès 2012, François Hollande a redressé la barre via une loi de finances rectificative en juillet et l’annonce du CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi] en novembre. Le pacte de responsabilité de janvier 2014 a complété cette nouvelle politique économique.

On reproche à François Hollande l’arrêt de la croissance et la poursuite de la hausse du chômage : mais cela est la conséquence de la politique de réduction du déficit budgétaire menée, alors que malgré le coût représenté par la baisse des charges des entreprises (équivalent à 2 % du PIB en 2017), le déficit public est redescendu à 3,5 % du PIB en 2015 et va atteindre 3,3 % cette année, les dépenses publiques augmentant désormais de moins de 1 % par an. Grâce aux baisses de charges, le coût du travail français est redevenu inférieur au coût du travail allemand. Dans l’industrie, les taux de marge sont revenus à leur niveau d’avant 2008, le taux d’autofinancement retrouvant son niveau le plus haut depuis 2003. L’industrie automobile s’est redressée, le déficit du commerce extérieur est redescendu à 45 milliards et nos exportations ont augmenté de 6,8 % en volume en 2015.

Ajustement récessif. On reproche cependant à François Hollande l’arrêt de la croissance et la poursuite de la hausse du chômage. Mais cela est la conséquence de la politique de réduction du déficit budgétaire menée, alors que l’environnement extérieur était récessif. En effet, la politique budgétaire a été plus dure que ne laissent croire les simples chiffres de réduction du déficit nominal. Ainsi le déficit structurel, qui était de 4,4 % du PIB en 2011, est redescendu à 1,6 % en 2015, ce qui constitue un ajustement récessif considérable. Le multiplicateur budgétaire a alors joué à plein, cassant la croissance. Mais François Hollande n’avait pas le choix. S’il n’avait pas pratiqué cette politique, la France serait probablement tombée sous la tutelle de la troïka qui lui aurait imposé l’austérité, comme l’Espagne et la Grèce, et l’impact sur le chômage aurait été alors bien plus élevé.

Progressivement l’environnement extérieur s’est amélioré : la BCE, sous l’impulsion de Mario Draghi, a accepté d’acheter des obligations d’Etat, mettant ainsi fin à la crise de la dette publique dans la zone euro. Puis le cours du dollar a monté, entraînant une baisse du cours de l’euro, accompagnée par la politique de baisse des taux menée par la BCE, et du prix du pétrole.

Certes la croissance a fortement ralenti durant la première moitié du quinquennat, mais, pour autant, la France n’est jamais entrée en récession, contrairement à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal, à l’Irlande ou à la Grèce. Et la croissance est désormais repartie : 1,2 % en 2015 et 1,5 % prévu en 2016, cette prévision étant confortée par le 0,5 % de croissance du premier trimestre.

En conséquence, le taux de chômage, calculé par l’Insee selon les normes du BIT et d’Eurostat, a continué à augmenter, de 9,7 % au deuxième trimestre 2012 jusqu’à 10,4 % au deuxième trimestre 2015. Puis il a commencé à descendre à 10,3 % au l’environnement extérieur était récessif quatrième trimestre 2015. Le nombre d’inscrits à Pôle emploi a aussi fortement augmenté jusqu’à la mi-2015, pour alterner ensuite, selon les mois, des baisses et des hausses, puis pour connaître en mars 2016 sa plus forte baisse depuis septembre 2000. Après trois années de destructions, l’économie française a recommencé à créer des emplois marchands en 2015, avec 47 100 nouveaux postes.

Compétitivité. En 2017, lorsque le mandat de François Hollande s’achèvera, l’ajustement économique aura été mené à son terme : le déficit public respectera le seuil de 3 %, la compétitivité se sera redressée, la croissance sera revenue, le chômage baissera. Et tout cela aura été fait sans subir de récession. On peut ne pas aimer François Hollande, on peut souhaiter le retour de la droite au pouvoir, mais l’honnêteté intellectuelle implique de reconnaître que, comme on le dit familièrement, François Hollande aura fait le job.

C’est bien entendu un raisonnement purement macroéconomique, et on comprend qu’il ne soit pas reçu par les Français qui sont au chômage ou dont le revenu ne permet pas de vivre décemment. C’est pour ces raisons que, malgré ces résultats économiques, le Président est impopulaire.

 

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