Le principe de solidarité active entre les jeunes en recherche d’emploi et les seniors en fin de carrière est un bel exemple d’intérêt partagé au sein du monde du travail, dans lequel l’expérience acquise tout au long d’une vie professionnelle est transmise aux jeunes générations qui accèdent à l’emploi.

On connaissait déjà des formes avancées de tutorat où le savoir et l’expérience sont transmises entre générations ; dans le cas du contrat de générations on y ajoute l’intérêt économique réciproque de l’accès au travail et du maintien en activité. Tout plaide en faveur de cette logique, en particulier les circonstances économiques et le défaut de qualification de 30% des jeunes se présentant sur le marché du travail.

Mais ce concept de contrat entre les générations peut et devrait constituer le socle de la solidarité entre tous les français dans une acception plus large. Cette démarche est aujourd’hui l’apanage des militants et acteurs sociaux, mais elle devrait constituer le nouvel horizon d’une société solidaire.

En effet, l’organisation de ces rapports de complémentarité entre les générations devrait bénéficier du soutien des pouvoirs publics et singulièrement du rôle des collectivités territoriales. Les acteurs associatifs des organisations représentatives s’appliquent déjà ce principe dans de nombreux domaines de la vie collective. Cependant, nous avons trop tendance, face à l’émergence des situations sociétales les plus difficiles, à rechercher des réponses par la création d’entités dédiées et à la prise en charge par voie budgétaire des difficultés rencontrées par des segments de la population. La multiplicité des problèmes rencontrés produit une accumulation d’engagements qui finit par être insoutenable, au nom de la société Providence que nous ne pouvons plus assumer.

Pourquoi ne pas fonder une société dont le contrat de générations serait la règle avant de faire appel aux engagements budgétaires de la part de l’Etat, des collectivités territoriales ou de l’Assurance Maladie, dont les limites sont non seulement atteintes mais dépassées.

Ce contrat de générations généralisé s’appliquerait à de nombreuses situations :

  1. La Petite Enfance : tous les jeunes ménages ont rencontré ou rencontrent des difficultés dans la prise en charge des jeunes enfants, soit par déficit de crèches, soit par l’éloignement de ces structures, et parfois même par manque de moyens. Ces difficultés peuvent être simplement occasionnelles (santé des parents, indisponibilité d’assistantes maternelles, congés, etc.…) ; dans ces cas, les grands-parents ne sont pas toujours disponibles ou présents. On pourrait imaginer qu’à l’initiative des collectivités locales, des retraités volontaires puissent répondre à ces situations de façon temporaire ; il suffit de lire les nombreuses petites annonces affichées dans les commerces, les pharmacies ou dans les immeubles pour comprendre qu’une grande disponibilité existe dans ce domaine. Ce serait une première forme de contrat entre les générations.
  2. Le deuxième exemple concerne l’échec scolaire ou tout simplement les difficultés scolaires rencontrées par de nombreux jeunes, à tous niveaux, pour toutes les raisons que nous connaissons (absence d’encadrement familial, difficultés linguistiques et culturelles, …) auxquelles l’école ne peut seule répondre. La création au niveau local de groupes d’adultes (ex enseignants, éducateurs, parents,… ), à l’initiative des communes, permettrait d’apporter aux familles qui le souhaitent ce soutien, soit au sein de l’école, soit lors des congés scolaires, permettant de lutter contre l’illettrisme et les difficultés pédagogiques, mais également en accompagnant les meilleurs des élèves, leur permettant d’atteindre l’excellence. Des jeunes ayant réussi leur parcours, avec ou sans ce type de soutien pourraient se joindre à ces adultes pour encadrer les plus jeunes. A la disponibilité des adultes, on ajouterait la force de l’exemple.
  3. Dans le domaine de l’environnement, pourquoi ne pas offrir aux jeunes, sous encadrement « eaux et forêts », par exemple des missions de protection et d’aménagement de notre patrimoine rural ; nombre d’agriculteurs pourraient également constituer ce type d’encadrement. L’expérience acquise par ces jeunes en ferait d’excellents porte-paroles pour le respect de la nature, et la restitution de leur expérience en école ou en entreprise aurait valeur éducative. Là encore, le travail entre générations pourrait se révéler fort utile.
  4. Les personnes âgées, dont la société prend conscience de l’isolement, de la solitude, des faiblesses, après en particulier l’épisode de la canicule, deviennent un vrai sujet de société. La création au niveau local de services à la personne, au-delà des professionnels qui exercent leurs compétences dans ce domaine, permettrait d’apporter aux personnes isolées une présence, un soutien, un échange, en répondant à des besoins immédiats (courses, infirmières, pharmaciens, etc.…) ou tout simplement parler et annoncer une nouvelle visite. Le volontarisme des jeunes et des adultes s’organisant autour des Maires pourrait contribuer à cette assistance aux personnes dépendantes. Ce soutien pourrait s’exercer également  en institution (EHPAD, Maisons de retraite). La ville de Florence en Italie a mis en œuvre des expériences très utiles permettant le maintien à domicile des personnes âgées.
  5. Nos cités sont souvent des lieux de marginalisation. L’activité des SAMU sociaux en est le témoignage ; l’investissement de jeunes et d’adultes, conjointement, en appui aux organisations et aux associations agissant dans le domaine de l’exclusion, pourrait là aussi permettre d’appliquer le principe du contrat entre générations.
  6. Dans le domaine de la désertification médicale, la création de terrains de stages dans les zones à privilégier, auprès de praticiens en fin d’exercice, permettrait de familiariser de jeunes internes, de futurs médecins, à l’exercice complexe d’une médecine généraliste. Elle permettrait peut-être de créer de nouvelles vocations. Ce type de stage de 3 à 6 mois existe en Allemagne. Il permet souvent le passage de témoin entre futurs et anciens médecins. En effet, au-delà des réponses financières et techniques qui peuvent être apportées, l’exercice partagé durant un temps suffisant de cette pratique médicale peut se traduire par un choix d’exercice répondant aux besoins des territoires.
  7. L’entreprise, quel que soit le secteur d’exercice, est un lieu privilégié pour la pratique du contrat de générations. En complément de l’orientation proposée par François Hollande, majeure pour l’emploi, d’autres perspectives peuvent s’offrir dans l’entreprise : la formation qualifiante, la transmission d’expériences, la découverte du monde du travail, mais aussi de la part d’anciens chefs d’entreprises : l’appui aux jeunes créateurs, la mise en réseau, l’apport éventuel de clientèle… Un club d’anciens chefs d’entreprises à l’initiative des compagnies consulaires pourraient apporter aux jeunes créateurs la sécurisation du parcours du « jeune entrepreneur ». Cet appui aux jeunes générations pourrait se traduire chaque année par la délivrance du Prix de l’Entreprise Solidaire au niveau départemental ou local. Le contrat de générations peut là aussi trouver sa légitimité.

Ces domaines ne sont pas limitatifs. Le contrat de générations peut devenir la règle d’une Société qui prend conscience que nous sommes au bout d’un système providentiel devant garantir le bien être généralisé, cette illusion à encourager les égoïsmes catégoriels au nom des droits acquis. Faisons du contrat entre générations un nouvel horizon pour les solidarités. Les Maires et les associations sont les mieux placés pour encourager ces démarches. Elles n’ont pas vocation à faire l’objet de nouvelles budgétisation, c’est un simple retour aux pratiques de partage que nous avons trop souvent perdues de vue en considérant qu’à chaque problème de société il appartenait à l’Etat d’y répondre.

Jean-Louis SEGURA

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